Comme fréquemment dans l’histoire de la ville, le printemps de 1898 a lui aussi été dévastateur pour les riverains. Un scénario qui peut vous sembler familier se met en place : une période de chaleur fait fondre rapidement la neige qui fait gonfler l’eau de la rivière. En 1898, cela se produit les 11 et 12 mars. À ce scénario déjà gravissime, viennent s’ajouter des précipitations, provoquant, selon le journal La Tribune : « un gonflement extraordinaire des eaux ». Non seulement cela, mais les glaces qui se sont constituées entre le pont du milieu (Morison) et celui de la Société (T.-D. Bouchard) se brisent et viennent s’accumuler en aval de la rivière, près du Séminaire selon La Tribune, mais aussi dans les piliers de ces mêmes ponts selon Le Courrier de Saint-Hyacinthe. Ces facteurs causent alors un important refoulement des eaux.
L’eau gonfle atteignant la hauteur de 5,5 mètres près du pont de la Cascade. Les maisons près de la rivière ont leur premier étage complètement inondé. Au total, Le Courrier dénombre entre 350 et 400 maisons qui baignent dans l’eau, entourées de blocs de glace. L’Académie Girouard, qui se situe sur la rue Mondor, a même son sous-sol complètement inondé et trente centimètres d’eau à son premier étage, ayant pour conséquence la fermeture de l’école. Au sommet de la crise, il est possible de retrouver de l’eau jusqu’à la rue Sainte-Marguerite.

Au niveau des dommages, deux maisons, qui se situent près du collège, sont emportées par les flots et par l’immense pression des blocs de glace qui viennent s’échouer contre elles. Qui plus est, en fouillant les procès-verbaux du conseil municipal de la Ville de Saint-Hyacinthe, on peut se rendre compte que 61 mètres de trottoirs ont été emportés par le courant, pour un total de 44 $ de dégâts. Malgré tout, peu d’infrastructures ont été endommagées par le courant et les dégâts sont surtout dus à l’accumulation d’eau dans les sous-sols. Les industries riveraines voient ainsi leurs marchandises stockées sous le niveau du sol complètement ruinées. Par exemple, au journal La Tribune, plusieurs boîtes de papier d’impression, qui sont entreposées au sous-sol, ont été trempées par l’eau.
Fait inusité, l’eau, qui s’infiltre dans les égouts de la ville provoque des refoulements, même dans les zones qui ne sont pas touchées directement par l’inondation. Ainsi, les maisons autour du marché centre ont eu comme désagrément de voir, elles aussi, de l’eau dans leurs caves. Néanmoins, peu après 2 heures, l’embâcle cède et l’eau descend presque immédiatement de 1,22 mètre. L’intensification de l’inondation n’est alors plus à craindre.
L’inondation de 1898 laisse une quantité considérable de personnes sans-abris. Pour venir en aide aux sinistrés, le maire, Euclide-Henri Richer, fait libérer les salles de l’Hôtel de Ville en haut du marché pour les accueillir. Il donne ensuite l’ordre à l’Ouvroir Sainte-Geneviève, un établissement religieux dédié à la charité, de donner des vivres afin de veiller à bien nourrir ces personnes, le temps que la rivière regagne graduellement son lit.
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