Il y a 50 ans...

Daniel Johnson (1915-1968)
Premier ministre du Québec (1966-1968)
50e anniversaire de décès

Le mercredi 26 septembre 2018 marque le 50e anniversaire de décès de l’Honorable Daniel Johnson, premier ministre du Québec, député du comté de Bagot, résident de Saint-Pie. Dans la nuit du jeudi 26 septembre 1968, celui-ci décède en visite officielle au barrage Manic-5, à la suite d’une crise cardiaque.

Daniel Johnson est né le 9 avril 1915 à Danville (Québec). Fils de Francis Johnson et de Marie-Adéline Daniel, il va à l’école de Danville, puis au Séminaire de Saint-Hyacinthe et enfin, étudie le droit à l’Université de Montréal. Admis au Barreau du Québec le 20 juillet 1940, il exerce sa profession d’avocat à Montréal.

Le 2 octobre 1943, à l’église Notre-Dame-de-Grâce à Montréal, il épouse Reine Gagné (1919-1994). Quatre enfants naîtront de cette union : Daniel, Pierre Marc, Diane et Marie.

Daniel Johnson décide de se lancer en politique québécoise sous la bannière du parti Union nationale de Maurice Duplessis. Il devient député du comté de Bagot lors de l’élection partielle du 18 décembre 1946. Il sera réélu à toutes les élections suivantes. Le 23 septembre 1961, il est élu chef de l’Union nationale. À l’élection générale du 5 juin 1966, Daniel Johnson devient le 20e premier ministre du Québec. Il réalise ainsi son rêve d’accéder à la plus haute fonction en politique québécoise.

Avant même d’être élu député de Bagot, Daniel Johnson avait établi sa résidence secondaire, ainsi que son principal bureau de comté, à Saint-Pie. Le 7 décembre 1946, il achète la propriété du 276, rue Notre-Dame, de monsieur Jules Tétreault, chirurgien-dentiste de Montréal, au montant de 6 800$, comprenant également «les objets mobiliers et accessoires de nature quelconque». Cette maison appartiendra à la famille Johnson jusqu’en juillet 1987.

Daniel Johnson avait eu l’audace de s’installer à quelques maisons de son adversaire politique de 1946, le docteur Roland Bailly, libéral, dont la résidence était située au 255, rue Notre-Dame, angle Salaberry. Saint-Pie était à l’époque l’endroit le plus libéral (rouge) du comté. Il avait fait le pari qu’en installant sa résidence secondaire à Saint-Pie, il pourrait courtiser plus facilement les électeurs pour qu’ils changent d’allégeance politique et ainsi garantir ses élections à venir. C’est exactement ce qui arriva, le comté de Bagot bascula du côté du parti Union Nationale jusqu’en 1973, année de la disparition du comté qui fut remplacé en partie par le nouveau comté de Johnson.

Daniel Johnson était proche des gens. Il n’était pas rare de le voir participer à des activités comme le carnaval d’hiver de Saint-Pie et la messe de minuit pendant les Fêtes. Il avait le don de reconnaître les personnes et de retenir leur nom. Les citoyens, comme mon père, ne disait pas Daniel Johnson ou le député, mais « Daniel ». Lorsqu’on entendait parler de « Daniel » dans Saint-Pie, on savait qu’il s’agissait de monsieur Daniel Johnson. Il était l’ami de tous, il était membre de la grande famille de Saint-Pie.

Il est bien évident que Monsieur Johnson a toujours été une grande fierté pour Saint-Pie. Il n’y a pas beaucoup d’endroits qui peuvent se vanter d’avoir eu comme citoyens un premier ministre du Québec en fonction, ainsi que deux futurs premiers ministres. En effet, les deux fils de monsieur Johnson ont également été premier ministre du Québec : Pierre Marc en 1985 et Daniel fils en 1994. Ils étaient tous de partis politiques différents.

Mais le 26 septembre 1968, Saint-Pie perd son « Daniel ». En effet, au cours de l’avant-midi, tout le monde apprend son décès survenu au barrage Manic-5. La triste nouvelle a rapidement fait le tour de Saint-Pie et du Québec.

J’étais en quatrième année, à l’école primaire Sacré-Cœur, communément appelé à l’époque, le collège. Le directeur de l’école, le frère Jean-Denis Poirier, est passé dans les classes pour annoncer la mauvaise nouvelle. Tous savaient de qui il s’agissait. L’enseignante, madame Agathe Tanguay Cordeau, a allumé la radio pendant quelques minutes. On ne parlait que de cela à tous les postes.

À la télévision, pendant de longues minutes, on ne voyait qu’une photographie du premier ministre décédé en fonction, accompagnée de musique classique de circonstance. Sur les routes, il n’était pas rare de croiser des automobiles avec les phares allumés en signe de deuil national.

Dans les jours précédant la cérémonie à Saint-Pie, des employés d’Hydro-Québec s’affairaient à alimenter davantage l’église en électricité pour les besoins de la télévision le jour des deuxièmes funérailles.

En effet, la dépouille mortelle de Daniel Johnson a d’abord été exposée au parlement à Québec. Les funérailles nationales eurent lieux à la basilique Notre-Dame de Québec. Par la suite, il fut exposé au palais de justice de Montréal et finalement, le mardi 1er octobre 1968, avait lieu à Saint-Pie un deuxième service funèbre suivi de l’inhumation au cimetière de la paroisse. Il n’y a jamais eu autant de monde à Saint-Pie que cette journée-là. Des automobiles étaient stationnées partout, même sur les parterres des propriétés. Toutes les rues du secteur étaient bondées et on voyait passer des autopatrouilles de différents corps policiers du Québec. C’était vraiment impressionnant!

Notre famille attendait devant l’église, depuis tôt le matin, près du monument Sacré-Cœur, afin de pouvoir entrer pour voir monsieur Johnson exposé en chapelle ardente avant les funérailles. Sur l’heure du midi, peu de temps après l’arrivée de sa dépouille, nous avons pu entrer dans l’église et passer devant le cercueil. Nous devions circuler sans nous arrêter car trop de gens attendaient dans la longue file, le long de la rue Saint-François jusqu’au chemin de fer. Les funérailles se sont déroulées vers la fin de l’après-midi.

Lors de l’inhumation, le cimetière débordait de gens venus dire au revoir à leur ami « Daniel ». Le cercueil fut placé à l’intérieur « d’une fausse tombe en acier » et comme à l’église, la télévision était présente afin de diffuser en direct la cérémonie d’adieu.

La Ville de Saint-Pie n’a jamais oublié cet illustre citoyen. En effet, un parc, un boulevard et le pont de la route 235 qui traverse la rivière Noire, honorent sa mémoire dans la municipalité. Une plaque commémorative a également été installée devant sa maison, en juin 2018, afin de souligner le passage de ce remarquable personnage à Saint-Pie.

Luc Cordeau
Originaire de Saint-Pie,
Archiviste-historien,
Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe.

Photo 1:
Portrait de Daniel Johnson vers 1966. Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe CH045/D13-14 Fonds Daniel Johnson.

Photo 2: 
George Marion, Ernest Desparts, maire du Village de Saint-Pie et Barthélemy St-Pierre, maire de la Paroisse de Saint-Pie, remettent à Daniel Johnson les armoiries de la Municipalité du Village, en mai 1958. Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe, CH548/S11/SS3/D9 Fonds Raymond Bélanger, photographe.

Photo 3: 
Page fronstispice du journal Le Courrier de Saint-Hyacinthe du jeudi 3 octobre 1968 et page fronstispice du journal La Semaine, semaine du 30 septembre au 6 octobre 1968. Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe, CH045 Fonds Daniel Johnson.

Photo 4:
Madame Reine Gagné devant la dépouille de son époux dans l'église de Saint-Pie. Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe, CH548-A/S11/SS3/D2 Fonds Raymond Bélanger, photographe.

Cet article fut publié dans le journal municipal de Saint-Pie, L’Écho de ma ville, septembre 2018, pages 12-13.

Le Centre d'histoire vous invite à vous procurer l'édition du 27 septembre 2018 du journal Le Courrier de Saint-Hyacinthe où seront publiés d'autres photos et des ajouts au texte notamment sur Saint-Hyacinthe.

Le Centre d'histoire prépare actuellement une exposition virtuelle sur Daniel Johnson. Elle sera disponible sur notre site vers la fin du mois de novembre 2018.