Il est légitime de se poser la question : « À quoi peut bien servir un recensement? ». À notre époque où le temps semble défiler si rapidement, et où parfois on semble même en manquer, il se peut que l’on s’interroge sur la nécessité de prendre le temps de remplir le formulaire de recensement – surtout le formulaire long envoyé à un ménage sur quatre!
Répondre à un besoin de planification
C’est d’abord au point de vue de l’administration publique que la collecte de données auprès de la population est importante. Les données du recensement sont utiles afin de poser un portrait exact de l’évolution de la société. C’est grâce aux différentes réponses collectées qu’il est possible de planifier les besoins des services liés aux milieux de l’emploi, de l’éducation, des transports publics ou encore des hôpitaux.

Nous sommes les aïeux de demain
L’autre aspect sur lequel nous voulons davantage insister, c’est celui de l’importance de remplir le recensement pour les besoins des chercheurs du futur. Les historiens et généalogistes de demain auront eux aussi besoin de ces renseignements pour mener leurs recherches. Les recensements contiennent une quantité impressionnante d'information pour les chercheurs.
Le premier recensement remonte à l’époque de la Nouvelle-France. Il est ordonné par le roi Louis XIV entre 1665 et 1666, sous la supervision de Jean Talon – l’intendant de la colonie française. Dans un article de Christopher Moore publié le 12 mars 2021 dans la revue Canada’s history, on y apprend que le « premier recensement effectué dans ce qui constitue aujourd’hui le Canada faisait appel à une poignée de commis, armés de plumes, de bouteilles d’encre et de feuilles de papier, arpentant les communautés agricoles et petits villages de la Nouvelle-France éparpillés le long du fleuve, et principalement en plein cœur de l’hiver. Leur entreprise de recensement des quelques milliers de colons a pris des mois ».

Depuis ce premier exercice de dénombrement et jusqu’en 1871, il y a plusieurs recensement sporadiques sur le territoire. Il faut attendre la Confédération canadienne qui vient encadrer davantage la pratique. Avec l’article 8 de la Loi constitutionnel de 1867, un recensement doit être tenu en 1871 et tous les dix ans par la suite. Bien que le déroulement du recensement change et se modifie avec le temps, une particularité demeure sur une période de 100 ans : avant 1971, la récolte des données se fait par des recenseurs qui cheminent de porte en porte pour accomplir des entrevues en personnes. Ce n’est qu’en 1971 que l’autodéclaration arrive (par la poste notamment, et en ligne depuis 2006).
Le notaire Albert Morin, commissaire au recensement de 1931
Le recensement de 1931 est la septième collecte régulière de statistique nationale. Au total, quelques centaines de commissaires sont chargés de coordonner le recensement. Ils ont à leur charge plusieurs recenseurs (appelé à l’époque des énumérateurs) qui font le travail de porte en porte. Pour la région Saint-Hyacinthe – Rouville, c'est le notaire Albert Jodoin qui est nommé commissaire. Selon la publication de 1921 intitulé Instruction aux commissaires et énumérateurs du Bureau du recensement et de la statistique : « Un des principaux devoirs des commissaires est d’étudier et de définir par une description écrite, pour la gouverne de chaque recenseur, les bornes du territoire qui est assigné à celui-ci afin qu’aucune partie du district de recensement ne soit omise ou ne soit couverte par plus d’un recenseur ».
En plus de s’engager par serment d’office à remplir ses fonctions avec fidélité et exactitude, le commissaire et le recenseur sont tenus au secret absolu sur les renseignements recueillis. « Il est défendu au recenseur [et au commissaire] de montrer ses tableaux à qui que ce soit […] ou de répondre à des questions sur leur contenu […] ». En décembre 2017, un texte législatif a modifié la Loi sur la statistique afin de ne plus exiger le consentement des répondants pour transférer les renseignements du recensement à Bibliothèque et Archives Canada après 92 ans.
En somme, ce petit texte a pour objectif de vous sensibiliser à l’importance de prendre le temps de remplir le recensement. Tous les petits gestes faits par chacun d’entre nous s’additionnent pour donner un tout qui permet ultimement aux gouvernements de mieux planifier les programmes et les services offerts. Pour ce qui nous concerne plus particulièrement, ce qui est aujourd’hui comptabilisé sera un jour matière à analyse pour les historiens et autres chercheurs de demain. De son côté, l’histoire est essentielle à la compréhension des phénomènes actuels. En guise de conclusion, voici une citation tirée du site du département d’histoire de l’Université de Montréal : « Étudier en histoire, c’est scruter le passé pour évaluer les enjeux importants de notre temps et contribuer à dessiner les voies de l’avenir ».
Vincent Bernard, archiviste-historien
Mai 2021
Photographies
Collection du Centre d'histoire de Saint-Hyacinthe :
1- Travaux d'agrandissement de l'école secondaire Casavant, situé à l'époque sur le boulevard Laframboise, vers 1959. Fonds CH548 Raymond Bélanger, photographe.
2- Une publicité émise par le ministère de l'Industrie et du Commerce du Canada dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe du 29 mai 1931.
3- Une photographie montrant le notaire Albert Jodoin tirée d'une mosaïque des principaux hommes d'affaires de la Cité de Saint-Hyacinthe 1928-1929. Fonds CH478 Histoire de Saint-Hyacinthe.